Une assurance pour le courtier en assurances

Le secteur de l'assurance connaît une période particulièrement mouvementée en Belgique. Mais quel est l'impact pour le courtier? Et comment peut-il assurer son avenir?

Les hôpitaux et médecins spécialisés vont-ils à l'avenir choisir sur Internet leur assurance responsabilité médicale, l'une des matières les plus complexes et les plus sensibles qui soient dans le secteur de l'assurance? La réponse est non.

Ces dernières semaines, les déboires des compagnies d’assurance ont fait l’actualité: AXA va supprimer 650 emplois d’ici 2020, P&V en élimine 300 et Ethias licencie son CEO Bernard Thiry.

Un drame social pour toutes les personnes concernées. Toutefois, l’horreur que nous inspirent ces décisions opérationnelles ne peut pas nous aveugler sur la réalité sous-jacente: l’industrie de l’assurance est bel et bien à la veille d’un bouleversement radical.

Les gros investisseurs raffolent plus que jamais des entreprises qui innovent dans le domaine de la vente d’assurances à travers la technologie web.

En 2015, pas moins de 2,65 milliards de dollars ont été investis dans les technologies de l’assurance, connues aussi sous le dénominateur Insurtech. L’année précédente, ces investissements ne représentaient « que » 800 millions de dollars. Rien qu’au premier trimestre de 2016, les start-ups de l’Insurtech ont à nouveau été la cible de 650 millions de dollars d’investissements. Il est en outre frappant de constater que les sociétés de VC (Venture Capitalists) et PE (Private Equity) ne sont pas les seules à investir dans les start-ups du secteur de l’assurance, mais que les assureurs eux-mêmes s’y mettent eux aussi de plus en plus.

Il n’y a donc aucun doute à avoir : le secteur de l’assurance est à la croisée des chemins. Si les gros investisseurs se mettent à miser des milliards de dollars sur l’Insurtech, c’est que cette technologie est appelée à bouleverser notre secteur.

Mais il n’y a pas que l’industrie qui évolue. Si la vague d’investissements en faveur de l’Insurtech est un signe avant-coureur de ce qui est sur le point de se produire dans le secteur de l’assurance, le comportement de la génération Y et de la génération du millénaire — autrement dit, les jeunes nés à partir de 1984 — est annonciateur des changements qui attendent notre société. Ces générations comparent pour ainsi dire tout sur Internet avant d’acheter: chaussures, appareils électroniques, restaurants, musique… après quoi, leur préférence va aux achats en ligne. Grâce à la performance des possibilités de paiement en ligne et à l’efficacité des solutions de livraison à domicile, cette forme de consommation fait partie de leur confort quotidien.

L'avènement du courtier numérique

Le succès du site web néerlandais Independer, utilisé dès à présent par un million de Néerlandais pour comparer leurs assurances, ne doit pas nous effrayer mais plutôt nous inciter à nous secouer.

Il est écrit dans le ciel que d’ici peu, les produits d’assurance simples comme les assurances auto ou soins de santé se vendront en ligne comme tout le reste. En Grande-Bretagne, aux États-Unis et aux Pays-Bas, on trouve déjà des entreprises matures qui — en qualité de courtiers — vendent des assurances aux particuliers par le biais de canaux de distribution en ligne.

Quoi qu’il en soit, le courtier numérique fait son entrée également sur le marché des assurances destinées aux entreprises. Aux États-Unis et en Angleterre, il existe déjà des start-ups qui proposent un « package » d’assurances professionnelles aux entreprises débutantes. Il s’agit de polices « simples », par exemple une assurance responsabilité standard.

Mais l’avènement du courtier numérique signifie-t-il que le courtier traditionnel n’ait plus d’avenir? Je suis convaincu du contraire. Toutefois, le courtier traditionnel devra veiller à conclure lui-même sa propre assurance vie.

Allons-nous faire la différence rien qu’en proposant des assurances simples aux consommateurs ou aux entreprises débutantes? Je ne crois pas.

En revanche, nous pouvons faire la différence en réduisant la complexité qui est et restera inhérente aux questions d’assurances. Plus que jamais, le courtier en assurances est appelé à devenir un consultant en assurances. Pas un vendeur, mais un conseiller. Il ne devra donc pas proposer un produit, mais bien garantir une évaluation correcte des risques, une solution d’assurance adéquate et un règlement efficace des sinistres.

En tant que courtiers, nous ne pouvons ignorer le changement qui guette notre secteur. Il se servirait à rien de se voiler la face. Mais nous ne pouvons pas non plus ignorer notre propre force. Les hôpitaux et médecins spécialisés vont-ils à l’avenir choisir sur Internet leur assurance responsabilité médicale, l’une des matières les plus complexes et les plus sensibles qui soient dans le secteur de l’assurance? La réponse est non. C’est la nécessité des connaissances et de l’expertise dans les domaines complexes de l’assurance et le règlement des sinistres qui garantira l’avenir des courtiers en assurances. C’est à eux de le prouver jour après jour à leurs clients, et surtout aux clients et dirigeants d’entreprises de demain.

Cet article est aussi apparu dans l’Echo.

Pedro Matthynssens
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