Recyclage : quels sont les risques et comment les maîtriser ?

L’économie circulaire tourne à plein régime. De la ferraille aux composants électroniques complexes, en passant par les batteries automobiles, nous recyclons plus que jamais. Mais chaque médaille a son revers : de nombreux assureurs sont désormais confrontés aux risques liés aux activités de recyclage. La fréquence des sinistres, l’imprévisibilité et un manque perçu de contrôle ont conduit bon nombre d’entre eux à se montrer plus réticents à assurer ce secteur. Une analyse, des mesures de prévention et un accompagnement adéquats permettent toutefois l’assurabilité de ce secteur, tout en la rendant intéressante. Christel Kiebzak, General Manager Property, et Sven Bormans, Loss Prevention Consultant chez Vanbreda Risk & Benefits, nous expliquent pourquoi.

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Alors que les pouvoirs publics et les organisations environnementales insistent sur l’importance du recyclage pour atteindre nos objectifs climatiques, la réalité économique pourrait bien jouer les trouble-fêtes. De nombreuses compagnies d’assurances émettent des réserves à l’égard de ce secteur en raison de la pollution qu’il peut générer et des risques inhérents à ce type d’activités. Les montants des dommages sont souvent élevés et les risques parfois imprévisibles. Or, une entreprise de recyclage qui ne trouve pas d’assurance incendie ne peut pas fonctionner. Selon Christel Kiebzak et Sven Bormans, la solution pour rapprocher les secteurs du recyclage et de l’assurance réside dans la nuance, les connaissances techniques et un dossier de prévention solide.

Un concept fourre-tout

Aujourd’hui, le problème se situe principalement au niveau de la façon dont est perçu le secteur du recyclage. « Le marché de l’assurance est compliqué pour ce secteur », confirme Christel. « Bon nombre d’assureurs refusent de couvrir cette activité, qui se révèle pourtant très diverse. Notre tâche consiste à ouvrir le dialogue et à trouver des solutions qui conviennent à toutes les parties concernées. Notre société ne pouvant se passer du secteur du recyclage, les risques doivent rester assurables. »

Selon les experts de Vanbreda, le recyclage a évolué en concept fourre-tout, qui englobe des risques totalement différents. Pourtant, les entreprises de recyclage diffèrent considérablement en termes de processus, de volumes, de composition des matériaux et de maturité technologique. Un transformateur de papier présente un profil de risque tout à fait différent de celui d’un broyeur d’épaves automobiles. Un collecteur de verre est totalement différent d’une entreprise qui fond du verre. Le traitement des mélanges textiles modernes, des plastiques ou des composites comporte de nouveaux risques, souvent méconnus.

En raison de quelques sinistres historiques, ces activités diverses sont malheureusement souvent mises dans le même panier, alors qu’en réalité, leurs risques varient considérablement. Sven y voit le plus grand défi : « Tout est amalgamé, alors qu’il existe souvent d’énormes différences entre les entreprises de recyclage. Lorsque vous videz un conteneur à verre, le risque d’incendie est très faible. Quand ce risque existe-t-il ? Lorsque vous faites fondre le verre, mais il s’agit d’une phase complètement différente, dans un processus bien distinct. »

« Avant, nous avions beaucoup plus de déchets ménagers basiques », ajoute Christel. « Ceux-ci étaient déjà assez purs. Les déchets textiles se composaient essentiellement de laine et de coton. Aujourd’hui, il existe de nombreux dérivés, tels que le nylon et les matériaux recyclés, qui se comportent différemment. Souvent, le recycleur ne sait pas exactement ce qu’il reçoit. »

En Europe, la Belgique fait partie des champions du recyclage(avec les Pays-Bas et l’Allemagne). Et pourtant, nous avons encore trop souvent l’impression que le recyclage est une fin en soi. « Alors qu’il s’agit bien souvent du point de départ », explique Christel. « Les produits recyclés deviennent une matière première pour fabriquer de nouveaux produits ou pour produire de l’énergie. »

La technologie des batteries rechargeables occupe le secteur

L’électrification rapide de notre société entraîne une augmentation explosive du nombre de batteries lithium-ion dans la chaîne des déchets. On en retrouve partout : dans les vélos, les trottinettes, les jouets, les outils, les appareils ménagers et même dans les cartes de vœux.

« C’est souvent la manipulation de la batterie qui constitue le point sensible », explique Christel. « Comment réagira-t-elle lorsque vous la placerez sur la ligne de tri ? Ou si elle tombe par terre ? Qu’a-t-elle déjà vécu auparavant ? L’intérieur de la batterie est-il éventuellement déjà contaminé ? Le cas échéant, cela ne se voit en général pas de l’extérieur. »

Lorsqu’une batterie est endommagée, par exemple parce qu’elle est écrasée dans une pince ou un broyeur, elle entre dans une boucle thermique. C’est ce qu’on appelle l’emballement thermique (ou « thermal runaway»), détaille Sven. « Celui-ci provoque un dégagement de chaleur énorme, très difficile à éteindre. Si un tel incident se produit au milieu d’une montagne de matériaux inflammables, vous vous retrouvez immédiatement face à un gros problème. C’est l’une des raisons pour lesquelles les assureurs imposent des exigences plus strictes en matière de stockage, de séparation, de détection et de délais d’exécution. »

De l’analyse des risques à la prévention concrète

Il existe également des outils technologiques permettant de maîtriser les risques, comme les caméras thermiques, qui détectent un incendie avant même qu’il ne soit visible et peuvent déclencher automatiquement les sprinklers. Mais en dépit de toutes ces innovations, la prévention reste un facteur très important. « Nous discutons avec le client et nous rendons sur place », précise Christel. « La technologie joue un rôle, mais ne constitue jamais la première étape. Il faut d’abord cerner le fonctionnement de l’entreprise : flux de matériaux, risques liés aux processus, organisation du site et mesures de prévention existantes. De nombreuses entreprises ont déjà mis en place des pratiques solides, mais ne les ont pas encore formalisées. Rendre les risques visibles permet de les gérer de manière plus ciblée. Parmi les points d’attention typiques, citons notamment la limitation des volumes de déchets, les délais d’exécution, la détection et la surveillance, la formation des employés et les procédures claires. La prévention ne se limite pas à investir dans des équipements. »

« Vanbreda peut aussi jouer un rôle dans cette stratégie d’investissement », souligne Sven. « Nous suivons de près les développements, afin de pouvoir aussi formuler des conseils dans ce domaine. Il existe, par exemple, des capteurs qui ne détectent pas les incendies liés à l’hydrogène. Si vous travaillez avec de l’hydrogène, il faut en avoir conscience. Nous examinons actuellement si les batteries lithium-ion peuvent être éteintes avec de la mousse. Et nous discutons avec les assureurs de la possibilité pour eux d’accepter cette solution. »

Tranquillité

De nombreuses entreprises de recyclage ont démarré en tant que PME avant de se développer de manière organique en de belles entreprises. « Pour l’entrepreneur aussi, une bonne assurance est une bénédiction », selon Sven. « En effet, les risques et les montants potentiels des dommages augmentent avec la croissance. La gestion professionnelle des risques devient donc une nécessité stratégique. Une assurance en soi n’offre pas forcément une tranquillité d’esprit, contrairement à la gestion professionnelle des risques. Une assurance incendie apporte la touche finale : elle permet à une entreprise de se remettre d’un incident grave et de rester opérationnelle. »

Une période difficile, mais riche en opportunités

Selon les experts en assurance de Vanbreda, le marché restera difficile pour le secteur du recyclage dans les années à venir. Les exigences demeureront strictes et les primes élevées. « Nous sommes transparents et réalistes vis-à-vis de nos clients », explique Christel. « Mais il existe bel et bien un marché de l’assurance pour les entreprises qui investissent de manière démontrable dans la sécurité, la structure et la technologie. »

Sven constate également une évolution vers une plus grande professionnalisation : « Notre mission consiste à accompagner nos clients dans cette professionnalisation et pour leurs investissements. Les entreprises qui maîtrisent leurs risques prennent un pari sur l’avenir, ce qui bénéficie au secteur, aux assureurs et au client final. »